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Le Rotary en Ukraine : une fenêtre sur la liberté. Par Léon LAUGEL Président Fondateur du CIP France-Ukraine article paru dans Le Rotarien-Août 1998
La première question que me posent les amis est souvent la même : comment as-tu été amené à devenir Gouverneur du Rotary en Ukraine ? Parfois ils ajoutent : est tu Ukrainien ? La réponse à la seconde question est simple je suis Français, Alsacien, membre du Rotary-club de Saverne depuis 35 ans. La réponse à la première question est un peu plus complexe, mais voilà mon histoire. Ce fut en 1991 ; mon district (le 1680, formé alors par les clubs d'Alsace et de Lorraine) m'avait nommé Gouverneur pour 1993/94. D’autre part mon club de Saverne cherchant une action internationale fut mis en rapport avec le Rotary-club de Riga en Lettonie. Arnis Engelislis, secrétaire du RC Riga, m'annonça qu'il venait à Vienne en Autriche pour un colloque, convoqué par le Président-nommé du Rotary International Robert Barth, notre voisin Suisse. Je partis à Vienne pour rencontrer Arnis. Etant à Vienne, j'assistai aux débats. J’y appris qu'après la chute du Rideau de fer des clubs rotariens s’étaient spontanément créés clans l'Est européen ; le Président Robert Barth ne voulait pas commencer sa présidence sans avoir mis de l'ordre dans cette situation assez confuse. Il fut décidé qu'un Gouverneur de l'ouest prendrait en charge un pays de l'est. Poussé par certains amis, mais me laissant aussi poussé sans trop de résistance, et d'accord avec le Président Robert Barth, je fus candidat pour m'occuper de l'Ukraine, ex république de l'Union Soviétique, devenue indépendante en 1991. Fin 1993, le Conseil Central du Rotary international accepta ma candidature. Je formai mon comité que nous avons appelé CERU (Comité pour l'Extension du Rotary en Ukraine).
Ils furent notre premier contact et la source d'une importante révélation. En effet, l'Histoire de l'Ukraine est très mal connue. Nous l'avons considérée comme partie intégrante de l'Union Soviétique, appelée plus communément la Russie. Or, nous l'avons appris, l'Ukraine était depuis le IXème siècle, bien avant la Russie, un pays indépendant, l'un des plus puissants d'Europe, et qu'elle est la "Mère de toutes les Russies".
Dès ce premier voyage je rencontrai aussi des Présidents de groupes de personnes, qui demandait instantanément à être agréés comme Rotary-club à part entière: Vladimir Shepetin de Kharkov, Gregory Yelisevitch de Sumy, Yaroslav Androusiak d'Ujgorod. Mon programme de visites de clubs et de groupes initiaux fut élaboré. Il fallait satisfaire les nombreuses demandes surgies de toutes les régions ukrainiennes.
Chaque année les Sessions de Formation de Présidents Elus (SFPE) sont tenues dans différentes villes. Une lettre du Gouverneur fut éditée tous les 2 mois en langue ukrainienne. En vue de la création d’un District autonome ukrainien, initialement prévu pour le premier juillet 2000. J'ai créé un comité ukrainien, entré officiellement en fonction le ler juillet 1998 ; chaque participant y a déploie par sa présence régulière une attention sérieuse. La prochaine étape importante est (elle de l'élection du premier et du second Gouverneur du district autonome ukrainien. Ceux-ci n'auront pas un travail facile, étant donné l'étendu: du territoire et ses moyens de communications.
De nombreux projets ont déjà été réalisés, plusieurs camions et de nombreux containers ont été envoyés sous le contrôle de Rotariens, avec médicaments, installations chirurgicales, hospitalières et dentaires, environ 100 000 livres français, vêtements et jouets.
L'une des grandes difficultés pour les Rotariens est de comprendre le Rotary, non pas le sens ou l'éthique, mais le fonctionnement courant du club, ce que j'appelle la mécanique rotarienne. Ainsi une grande part de mon travail est d'enseigner le Rotary. Les Ukrainiens sont de bons élèves, avec une évidente bonne volonté et souvent beaucoup de talent l'une des grandes difficultés de toute l'Ukraine est non seulement la situation précaire de son économie, mais de trouver la voie pour changer de mentalité. Je comprends que les gens de 60 et 50 ans, même parfois ceux de 40 ans ont des difficultés à sortir des archaïques ornières soviétiques, malgré leur énorme bonne volonté par contre la jeunesse à une mentalité de liberté, d'économie de marché et de démocratie. Le Rotary doit maintenant leur apporter en plus la tolérance. Durant mes visites, j'ai rencontré des maires, des présidents de régions ; beaucoup sont Rotariens ; en les écoutant, on constate que l'Ukraine est en train de bâtir la démocratie et de construire un Etat de droit. Le renforcement des institutions démocratiques - y compris le Rotary - dans ce pays est important pour la stabilité de toute I`Europe.
Nous n'avons pas le droit de les décevoir, et devons manifester une attitude courageuse, ouverte, dynamique, digne du Rotary. Après la chute du mur, les Berlinois ont fait une constatation surprenante ; laissés à l'abandon des dizaines d'années, les ponts qui relient l'est à l'ouest étaient hors d'usage. Ils n'avaient pas été entretenus.
L'Ukraine est un de ces ponts entre l'Europe et l'Asie, la communauté des valeurs occidentales et les États de l'ex-Union- Soviétique. Lorsqu'en février 1998, au cours de l'assemblée du Rotary-club de Sumy, j'ai remis avec beaucoup d'émotion la distinction de Paul Harris Fellow au Président-Fondateur Grégory Yelisevitch, celui-ci, évidemment non prévenu, surpris, ému, prononça, la gorge serrée, dans un petit discours improvisé, les mots-clés qui resteront pour toujours gravés dans ma mémoire : " Léon, en nous apportant le Rotary, tu nous as ouvert une fenêtre sur la liberté ; jusqu'alors nous étions derrière les barreaux d'une prison ". Léon Laugel | |||||||||||||||||||||||||||||
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